AAH et surdité : ce qu’il faut savoir pour bénéficier de cette aide essentielle

27 février 2026

Dans le contexte de la surdité, accéder à l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) requiert de satisfaire un ensemble de conditions médicales, administratives et sociales. Pour les personnes sourdes ou malentendantes, il est essentiel de :
  • Justifier d’un taux d’incapacité reconnu d’au moins 80 %, ou à partir de 50 % si la surdité entraîne une limitation substantielle d’accès à l’emploi.
  • Être âgé d’au moins 20 ans (ou 16 ans si on n’est plus à charge), et résider en France de façon stable.
  • Ne pas dépasser un certain plafond de ressources, qui varie selon la situation familiale.
  • Présenter un dossier solide auprès de la MDPH, comprenant attestations médicales, audiogrammes et descriptions concrètes des répercussions de la surdité.
  • Tenir compte des spécificités d’évaluation liées à la surdité et connaître les aides complémentaires mobilisables.
La démarche exige préparation et compréhension des critères : bien informer son dossier et s’appuyer sur les structures locales spécialisées augmente les chances d’obtention de cette précieuse aide.

AAH et surdité : à qui s’adresse cette allocation ?

L’AAH (Allocation aux Adultes Handicapés) est une aide financière destinée à garantir un revenu minimum aux personnes majeures en situation de handicap dont les ressources sont inférieures à un plafond fixé chaque année. Elle peut être le « coup de pouce » nécessaire pour maintenir une autonomie et une meilleure qualité de vie, notamment pour celles et ceux dont la surdité limite l’accès à l’emploi ou rend le quotidien plus complexe.

  • L’AAH est attribuée sur demande auprès de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées).
  • Son montant maximal au 1er avril 2024 est de 1016,05 € par mois (source : Service-Public.fr).

Les publics concernés

  • Les personnes sourdes profondes ou sévères, mais aussi celles pour qui la surdité (même unilatérale) entraîne une réelle limitation dans la vie professionnelle et sociale.
  • Les adultes à partir de 20 ans. Un jeune de 16 à 20 ans y a également droit s’il n’est plus à charge fiscale de ses parents.
  • Les personnes résidant de façon stable et régulière en France.

Mais recevoir l’AAH n’est pas automatique, même en cas de surdité reconnue : l’évaluation porte sur des critères médicaux, administratifs et sociaux.

Les critères médicaux : comprendre le taux d’incapacité liée à la surdité

Le premier point déterminant est le taux d’incapacité reconnu par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH), après étude du dossier déposé à la MDPH. Ce taux s’appuie sur le guide-barème officiel publié par le ministère (arrêté du 6 novembre 2003).

  • Taux de 80 % ou plus : ouvre droit à l’AAH sans condition supplémentaire.Ce taux correspond généralement à une surdité profonde bilatérale, avec ou sans appareillage, quand la compréhension, même avec équipements, reste très limitée.
  • Taux entre 50 et 79 % : l’AAH peut être accordée uniquement si le handicap entraîne une limitation substantielle et durable d’accès à l’emploi, reconnue par la CDAPH.

En pratique, la surdité profonde bilatérale (atteignant ou dépassant 90 dB sur les deux oreilles) donne généralement droit à un taux d’incapacité d’au moins 80 %. La surdité sévère (70 à 89 dB) ou une surdité moyenne, suivant les modalités du handicap (trouble associé, difficultés d’adaptation) peut faire l’objet d’une évaluation approfondie.

Comment est déterminé le taux d’incapacité ?

L’évaluation ne se limite pas à la perte auditive en décibels. Elle tient compte :

  • De la compréhension de la parole dans un contexte calme vs. bruyant ;
  • De la capacité à communiquer avec ou sans lecture labiale, LPC, ou LSF ;
  • Des conséquences de la fatigue, de l’effort constant d’adaptation, et de la charge cognitive ;
  • Des troubles associés éventuels (troubles de l’équilibre, retards de langage…)
Type de surdité Taux d’incapacité (indicatif) Eligibilité AAH
Surdité profonde bilatérale 80 % à 100 % Oui, accès direct
Surdité sévère bilatérale 50 % à 79 % Oui, si limitation d’accès à l’emploi
Surdité moyenne/ou unilatérale Inférieur à 50 % (sauf cas particulier) Non, sauf atteinte sociale majeure

Attention : cette grille est indicative. Seule l’évaluation médico-sociale du dossier par la MDPH fait foi. Pour tout détail, il est recommandé de consulter le Guide-barème pour l’évaluation des déficiences et incapacités des personnes handicapées (Legifrance).

Les autres conditions administratives à respecter

Au taux d’incapacité s’ajoutent trois grandes familles de critères, vérifiés systématiquement lors de chaque demande :

  • Âge : Avoir au moins 20 ans (ou 16 ans si la personne n’est plus considérée à charge pour les prestations familiales).
  • Domiciliation : Résider en France de manière stable. Les séjours à l’étranger sont possibles mais ne doivent pas excéder 3 mois par an (hors motifs médicaux spécifiques).
  • Ressources : L’AAH est soumise à un plafond de ressources, qui varie selon la situation familiale.
    • En 2024, pour une personne seule, le plafond annuel s’élève à 11 656 € (source : Service-Public.fr).
    • Pour un couple : 21 098 € (+5 828 € par enfant à charge).
    • Les revenus pris en compte sont ceux figurant sur l’avis d’impôt N-2.

Bon à savoir : depuis octobre 2023, les revenus du conjoint ne sont plus pris en compte pour le calcul de l’AAH (« déconjugalisation »), une mesure attendue par de nombreuses personnes sourdes en couple et saluée par les associations (Source : France Assos Santé).

La démarche concrète : comment bien préparer son dossier AAH en cas de surdité ?

Déposer une demande d’AAH implique de rassembler soigneusement toutes les pièces justificatives, mais aussi de « raconter » sa situation avec précision. Chez les personnes sourdes ou malentendantes, le dossier trop succinct peut entraîner un taux d'incapacité sous-évalué, voire un refus. Quelques conseils pour mettre toutes les chances de son côté :

  • Obtenir un certificat médical rédigé en détail, accompagné d’un ou plusieurs audiogrammes audiométriques récents, précisant la perte auditive en dB sur chaque oreille et l’utilisation ou non d’appareillage/implants.
  • Décrire la vie quotidienne au plus près : insister sur les difficultés rencontrées dans la compréhension des conversations, l’accès à l’information, la communication téléphonique, et les situations générant stress, isolement ou surcroît de fatigue.
  • Présenter les adaptations nécessaires (interprète, matériel adapté, LSF/LPC, smartphone, sous-titrages, etc.) et leur impact sur l’autonomie.
  • Joindre un courrier d’accompagnement détaillant les répercussions de la surdité dans le travail ou la recherche d’emploi si le taux d’incapacité est entre 50 et 79 %.
  • Faire relire son dossier par un professionnel (travailleur social, association spécialisée, médecin ORL).

Cas particulier : jeunes adultes entrant dans la majorité

De nombreux jeunes sourds formulent une première demande d’AAH à 20 ans, au moment où les allocations familiales cessent. Prendre rendez-vous dès le 19e anniversaire avec un professionnel pour anticiper la préparation du dossier est conseillé : les délais d’instruction peuvent dépasser 4 à 6 mois.

L’évaluation par la MDPH : spécificités pour la surdité

L’analyse du dossier est menée par une équipe pluridisciplinaire comprenant médecin, assistante sociale, et parfois des professionnels connaissant la surdité.

  • L’évaluation peut inclure un entretien, écrit ou en LSF, pour compléter les éléments du dossier.
  • Les difficultés invisibles (fatigue d’écoute constante, anxiété sociale, surcoût de la vie quotidienne) sont trop souvent minimisées : ne jamais hésiter à les formuler explicitement.
  • Appareillage auditif et implants cochléaires : leur efficacité n’empêche pas en soi la reconnaissance de la surdité comme handicap si la communication reste entravée.

Que faire en cas de refus ou de taux d’incapacité jugé trop faible ?

  • Solliciter un recours amiable devant la CDAPH dans les 2 mois suivant la notification (lettre motivée, nouveaux éléments, appui d’un professionnel ou d’une association).
  • Envisager une expertise médicale indépendante (médecin conseil ou association de malentendants).
  • En dernier recours, saisir le tribunal administratif. Les associations locales, comme l’association des Sourds de Haute-Savoie, accompagnent souvent ces démarches.

Il ne faut jamais hésiter à demander la révision de son dossier en cas d’aggravation ou d’évolution de la surdité.

Quelques ressources locales et nationales utiles

  • MDPH Haute-Savoie : accueil sur place et accompagnement dans la constitution du dossier.
  • Surdité France, Unanimes, et les relais formation LSF de la région.
  • Service-Public.fr et Handicap.gouv.fr : textes législatifs, simulateurs d’AAH et actualités.
  • Le réseau des assistants sociaux hospitaliers ou de secteur, experts dans le soutien aux personnes sourdes et la constitution des dossiers d’aide.

Pour un accès à l’AAH facilité : s’entourer et s’informer

L’accès à l’AAH pour les personnes sourdes, loin d’être automatique, reste marqué par une complexité administrative et une évaluation parfois trop rigide de la réalité du handicap. Pourtant, la loi et les textes réglementaires affirment le droit de chaque personne sourde – dès lors que l’autonomie ou la vie professionnelle sont limitées – à une évaluation juste et adaptée, et à l’accompagnement dans ses démarches.

L’essentiel reste de bien préparer son dossier, de ne pas hésiter à détailler son quotidien, et d’être accompagné par des professionnels et associations impliqués. La reconnaissance du handicap auditif, ce n’est pas seulement une question de chiffres ou d’audiogramme : c’est le reflet de toutes les petites et grandes difficultés invisibles qui méritent d’être prises en compte, pour un parcours de vie plus juste, autonome et inclusif.

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