Accompagner son enfant après l’annonce d’une surdité : comprendre, soutenir, avancer ensemble

8 novembre 2025

L’annonce de la surdité chez l’enfant : un bouleversement pour tous

Apprendre qu’un enfant est sourd ou malentendant bouleverse la vie familiale. Chaque année, en France, environ 800 enfants naissent avec une surdité sévère ou profonde, et 3 enfants sur 1 000 présentent à la naissance une déficience auditive suffisamment importante pour nécessiter un accompagnement spécifique (HAS). Ce chiffre grimpe avec l’âge, du fait de causes progressives ou acquises.

Rencontrer les premiers signes, vivre l’attente du diagnostic, puis recevoir l’annonce : tout cela résonne différemment selon les parcours. Mais une constante subsiste : l’enfant, quel que soit son âge, sera impacté par la façon dont ses proches vivent et partagent cette annonce.

Cet article propose pistes concrètes, retours d’expérience et repères issus de la littérature scientifique et médico-sociale pour aider les familles à se repérer, dès les premiers jours, après le diagnostic d’une surdité.

Les réactions de l’enfant face à l’annonce : mieux les reconnaître pour mieux accompagner

Différents âges, différentes questions

La manière dont un enfant réagit à l’annonce de sa surdité dépend beaucoup de son âge, de son niveau de compréhension et de son environnement. Pour un nourrisson ou un bébé, la prise de conscience se fait progressivement à travers les gestes des adultes autour de lui. L’enfant plus grand, entrant à l’école, pose souvent des questions directes sur ce qui le différencie. Pour l’adolescent, s’ajoutent les enjeux d’identité et de projection vers l’avenir.

  • Bébés et tout-petits : incompréhension, recherche de repères chez les adultes. Sensibilité à leur anxiété ou leur calme.
  • Enfants d’âge scolaire : questionnements sur la différence, parfois repli sur soi ou colère. Nécessité de mots simples et justes.
  • Adolescents : inquiétude sur la vie sociale, le regard des autres, l’avenir professionnel. Besoin de reconnaissance de leurs émotions et de dialogue ouvert.

Selon Audiologie Demain (n°115 – 2023), la façon dont les parents vivent la situation influe fortement sur la façon dont l’enfant s’adapte à la surdité (source).

Premiers mots, premiers gestes : comment annoncer la surdité à un enfant ?

Instaurer un climat de confiance

L’annonce ne se fait pas toujours en une fois. L’essentiel réside dans la création d’un climat de confiance et de sécurité affective. Quelques points de repères :

  • Choisir un moment calme, propice à l’échange, sans distractions majeures.
  • Utiliser un langage adapté à l’âge de l’enfant, sans dramatiser ni minimiser.
  • Encourager l’enfant à poser ses questions, sans le forcer à parler s’il ne se sent pas prêt.
  • Utiliser supports visuels ou livres adaptés : ils facilitent la compréhension, surtout chez les plus jeunes. La série “Léo en route vers les sons” (Éditions Tom Pouce) est une ressource intéressante.
  • Évoquer la surdité comme une caractéristique, et non comme une fatalité.

L’importance de la communication non verbale

Chez les très jeunes enfants ou en présence d’un trouble du langage associé, la communication passe d’abord par le regard, la gestuelle, les sourires. Le fait d’exprimer présence, tendresse, et disponibilité pose les bases d’un accompagnement solide.

Questions fréquentes des enfants lors de l’annonce de la surdité

Selon l’âge, les enfants posent de nombreuses questions, dont voici quelques-unes fréquemment entendues lors d’accompagnements familiaux :

  • “Est-ce que je vais guérir ?”
  • “Est-ce que mes copains sauront ?”
  • “Pourquoi moi ?”
  • “Comment vais-je faire à l’école ?”
  • “Est-ce que je pourrai apprendre à parler, à danser, à faire du sport ?”

Donner une réponse honnête, sans anticiper sur des questions que l’enfant n’a pas encore posées, reste souvent la meilleure option. Il est tout aussi important de dire “Je ne sais pas mais nous trouverons ensemble”.

Le vécu parental : des sentiments à valoriser pour accompagner son enfant

De la sidération à la mobilisation

D’après l’enquête “Parcours de vie des parents d’enfants déficients auditifs” (Inserm, 2022), 85 % des parents ressentent d’abord de la sidération, puis une alternance de tristesse, de colère, de sentiment d’injustice. Beaucoup éprouvent l’impression d’un deuil à faire : celui de l’enfant “entendant” imaginé.

Ces émotions sont normales. Il est essentiel que l’enfant voie ses parents s’accorder le droit d’être bouleversés, de chercher de l’aide, tout en lui transmettant un message d’accueil et de confiance dans ses capacités. Valoriser chaque progrès, même minime, nourrit la résilience familiale.

Soutien extérieur et réseau local

Il s’avère utile de s’appuyer sur des associations de familles, comme Surdi 74 en Haute-Savoie, ou encore les forums de la Fédération Nationale des Sourds de France, pour échanger avec d’autres parents et sortir de l’isolement. Certaines familles trouvent précieux d’être accompagnées dans les démarches par un professionnel du secteur médico-social, une assistante sociale ou un psychologue.

Inclure l’enfant dans le quotidien : redonner du pouvoir d’agir

L’un des enjeux majeurs, dès l’annonce, consiste à réintroduire l’enfant dans le quotidien familial sans en faire un “patient”, mais bien une personne active et actrice de ses choix futurs.

  • Laisser l’enfant participer aux rendez-vous médicaux, si possible, ou lui en faire régulièrement le compte-rendu à partir de supports adaptés.
  • Proposer à l’enfant de choisir certains accessoires (coques d’appareil auditif colorées, motifs, etc.) pour les plus jeunes.
  • Impliquer la fratrie : inviter frères et sœurs à découvrir la langue des signes ou à jouer à des jeux sur les émotions, aide à tisser des liens familiaux soudés.

De nombreux professionnels (orthophonistes, enseignants référents, éducateurs spécialisés) proposent aujourd’hui des ateliers ludiques, autour de la langue des signes française (LSF) ou de la lecture labiale, accessibles très tôt à Annecy, Annemasse, Thonon et d’autres villes du département (voir plateforme MDA74 pour des adresses).

Ressources et outils en Haute-Savoie : où trouver un soutien ?

Associations et lieux d’écoute

  • Surdi 74 : Réunions d’accueil et d’échange pour familles d’enfants sourds ou malentendants, ateliers pour enfants et parents. Adresses sur SurdiFrance.
  • MDA (Maison Départementale de l’Autonomie) : Orientation vers des professionnels, aides aux démarches MDPH, premières informations adaptées au territoire.
  • Unité Petite Enfance surdité du CH Annecy Genevois : Pôle spécialisé pour l’annonce, le diagnostic, et la coordination pluridisciplinaire (cf. CH Annecy Genevois).
  • Mutualité Française : Points d’information sur la parentalité, ateliers sensoriels et temps de parole réguliers (notamment à Annecy/Annemasse).

Matériel pédagogique et livres

  • La série “Émile raconte la surdité” adaptée dès 3 ans (ludique, visuels attractifs).
  • Jeux sensoriels et imagiers LSF utilisables à la maison (trouvables via le réseau APEDA Savoie).
  • Carnet “Mon premier parcours avec la surdité” remis par certaines associations, conçu par des parents et psychologues.

Paroles d’enfants et de familles : témoignages et conseils concrets

Intégrer la parole d’enfants ayant traversé ce moment donne des repères précieux :

  • Emma, 7 ans : “Maman m’a dit que mes oreilles comprenaient moins bien, mais que j’apprenais encore mieux avec les mains que tout le monde. J’étais d’accord pour aller voir la dame qui fait des signes.”
  • Paul, 13 ans (sourd profond, appareillé) : “J’ai eu peur d’être différent, surtout au collège. Mes parents ont appris à signer, ça m’a rassuré.”
  • Mère d’Adrien, 4 ans : “On a attendu de savoir, puis on a expliqué avec des dessins et le doudou. On essaie de garder toujours du temps pour en reparler.”

Faciliter l’entrée dans l’éducation : rôle des équipes et information partagée

Le moment de l’entrée à l’école ou le retour en collectivité soulève de nouvelles questions. Les enfants sourds ou malentendants bénéficient, en Haute-Savoie, du Service d’Éducation Spéciale et de Soins à Domicile (SESSAD Surdité) et de relais d’informations par la MDA. Le repérage précoce permet souvent d’enclencher une prise en charge rapide (Audioprothésistes, orthophonistes, enseignants référents).

  • Pensez à rencontrer l’équipe éducative avec l’enfant, pour qu’il participe à l’élaboration de ses adaptations (PAI, PPS).
  • Incitez l’enfant à présenter ses outils (appareillage, signes, pictogrammes) à la maîtresse ou aux copains : cela facilite l’inclusion et diminue l’isolement (source : Handiscol – Éducation nationale).
  • En Haute-Savoie, certaines écoles et crèches proposent des ateliers de sensibilisation à la LSF, que la famille peut solliciter.

Perspectives : construire ensemble des chemins d’acceptation et d’épanouissement

L’annonce de la surdité reste un moment singulier, qui redéfinit la trajectoire de vie de l’enfant, de sa famille, de ses proches. Ce qui compte, c’est de tisser un réseau de confiance, de solliciter soutien et outils adaptés, d’accepter que les sentiments traversés soient légitimes. Grâce aux associations, aux ressources locales et à l’implication de chacun, chaque enfant a la possibilité de découvrir ses forces, d’exprimer ses besoins, de participer pleinement à la vie collective.

L’expérience prouve que lorsque l’enfant se sait entouré de regards bienveillants et qu’il est impliqué, pas à pas, dans la compréhension de sa propre histoire, il développe très souvent une grande capacité d’adaptation, de dialogue et d’ouverture sur les autres. La richesse et la diversité des parcours de vie témoignent, jour après jour, de la force des enfants et des familles en Haute-Savoie et ailleurs.

Pour approfondir ce sujet ou échanger vos questions : les associations locales et les structures d’accompagnement restent disponibles tout au long du parcours. N’hésitez pas à consulter la rubrique Ressources en Haute-Savoie pour plus d’informations spécifiques.

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