L’annonce de la surdité : comprendre les étapes majeures du parcours pour mieux accompagner

24 octobre 2025

Première alerte : quand suspecter une surdité ?

La reconnaissance précoce d’une perte auditive est déterminante pour le développement de l’enfant, mais aussi pour l’adulte dont l’audition se modifie à tout âge. Chez le jeune enfant, la surdité est le trouble sensoriel congénital le plus répandu : selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), environ 1 enfant sur 1 000 naît sourd profond en France, et jusqu’à 3 pour 1 000 présentent une surdité plus légère (Inserm).

Voici quelques signes qui peuvent alerter :

  • Absence de réaction aux bruits soudains ou à l’appel du prénom
  • Retard inhabituel dans le développement du langage oral
  • Références visuelles accrues pour comprendre les consignes
  • Isolement, irritabilité ou difficultés d’attention

Chez l’adulte, la surdité peut survenir progressivement (presbyacousie, maladies, traumatismes). Une difficulté à suivre une conversation en groupe, la nécessité d’augmenter le volume de la télévision, ou la tendance à demander de répéter, sont des signes d’alerte fréquents.

Le dépistage : un enjeu de santé publique

Depuis 2012, le dépistage néonatal de la surdité est systématisé en maternité en France : il concerne plus de 99 % des nourrissons (Ministère de la Santé), avec des tests rapides réalisés avant la sortie. Chez l’adulte, le dépistage peut se faire lors de consultations ORL, à l’école pour les enfants, ou en médecine du travail.

Une audition anormale lors du dépistage ne signe pas toujours une surdité définitive, d’où la nécessité de réaliser un diagnostic approfondi avec des spécialistes.

L’annonce du diagnostic : un moment clé et souvent éprouvant

L’annonce d’une surdité s’effectue généralement lors d’une consultation spécialisée, par un médecin ORL parfois accompagné d’un audioprothésiste. Ce moment reste un « choc » : en Haute-Savoie, comme ailleurs, de nombreux parents rapportent des sentiments mêlés d’incompréhension, de culpabilité ou d’inquiétude, auxquels s’ajoutent souvent des termes médicaux complexes et la difficulté à se projeter.

  • Il n’existe pas « une » manière d’annoncer la surdité : la qualité de l’annonce dépend du professionnel, de l’information donnée, de la possibilité de poser des questions et de la disponibilité d’une écoute.
  • Des dispositifs comme la plateforme “Parcours Handicap 74” ou les réseaux de Centres d’Action Médico-Sociale Précoce (CAMSP) aident parfois à réexpliquer les informations après la consultation.

L’après-diagnostic : démarches, accompagnement et premiers choix

Prendre le temps du questionnement

Après l’annonce, il est essentiel d’ouvrir un espace de dialogue avec d’autres professionnels : orthophonistes, assistants sociaux, éducateurs spécialisés. Le vécu post-diagnostic diffère selon chacun, mais beaucoup ressentent un besoin de temps pour digérer l’information, obtenir des précisions sur la cause (génétique, infection, accident…), et réfléchir aux solutions pour l’avenir.

Déclaration à la MDPH et constitution du dossier

La Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) est une étape centrale : c’est auprès de cet organisme qu’il faudra déposer une demande pour la reconnaissance du handicap, le calcul d’allocations spécifiques (AEEH, PCH) ou encore la mise en place d’aides scolaires (AVS/AESH).

  • Le dossier MDPH comprend des certificats médicaux, des bilans (audiogramme, rapport d’orthophoniste), ainsi que le projet de vie de la famille ou de la personne concernée.
  • En Haute-Savoie, les délais de traitement oscillent entre 4 et 9 mois selon la complexité du dossier, ce qui entraîne parfois une période d’incertitude difficile à vivre.

Accompagnement médical et paramédical : construire l’équipe autour de la personne sourde

Le suivi régulier avec un médecin ORL est indispensable, afin de préciser la nature de la surdité (congénitale, acquise, évolutive ou non), d’envisager si nécessaire une correction par appareillage auditif ou implant cochléaire, ou de suivre l’évolution du trouble.

Une prise en charge orthophonique précoce permet de stimuler le langage, la communication et d’accompagner les apprentissages. L’accompagnement peut être complété par :

  • Des psychologues, pour soutenir l’enfant/l’adulte et la famille (notamment dans les situations de surdité profonde ou de handicap sensoriel associé).
  • Des éducateurs spécialisés en surdité, parfois disponibles au sein de dispositifs spécialisés type Service d’Education Spéciale et de Soins à Domicile (SESSAD).

Les choix autour de la communication : oralisation, LSF, code LPC

La question “Quelle langue, quelles modalités de communication choisir ?” se pose systématiquement après l’annonce d’une surdité. Il n’existe pas de « meilleur » choix : chaque famille trouve son équilibre en fonction du degré de surdité, du contexte social, et de ses valeurs.

  • L’oralisation : accompagner le développement de la parole avec ou sans aides auditives (appareils ou implants).
  • La Langue des Signes Française (LSF) : la LSF offre une langue visuelle et gestuelle à part entière ; l’accès à cette langue favorise l’épanouissement identitaire et relationnel de nombreux enfants.
  • Le code LPC : le Langage Parlé Complété aide à lever certaines ambiguïtés du français oral pour les enfants équipés, en s’appuyant sur la lecture labiale avec un complément manuel.

Il n’est pas rare de croiser des familles faisant cohabiter plusieurs modes de communication. Les instituts spécialisés, les associations locales (URAPEDA Rhône-Alpes, Association des Parents d’Enfants Déficients Auditifs 74, etc.) et les professionnels sont là pour guider, sans imposer.

Le projet éducatif : choisir entre inclusion, dispositif spécialisé et scolarisation adaptée

Le projet de scolarisation fait émerger d’autres questions déterminantes. L’Éducation nationale propose aujourd’hui plusieurs options :

  • Inclusion individuelle dans l’école de secteur avec des adaptations (AVS/AESH, matériel adapté, PAI ou PPS).
  • Dispositifs ULIS (Unités Localisées pour l’Inclusion Scolaire) dans certains établissements, avec un accompagnement renforcé.
  • Scolarisation collective en Institut pour déficients auditifs (IRSA Annecy ou Genève, par exemple, car peu de structures spécialisées existent en Haute-Savoie même).

En Haute-Savoie, à la rentrée 2023, près de 120 élèves sourds ou malentendants bénéficiaient d’un accompagnement par l’Éducation nationale, selon le Rectorat de Grenoble. Trouver la bonne solution demande souvent de solliciter plusieurs établissements, de visiter les lieux, de rencontrer des équipes et d’ajuster chaque année le projet selon le développement de l’enfant ou du jeune.

Vivre avec la surdité : accompagnement social, vie quotidienne et soutien aux familles

Au-delà des aspects médicaux ou administratifs, vivre avec la surdité implique des adaptations dans le quotidien : gestes simples pour faciliter la communication à la maison, choix d’un téléphone ou de réseaux sociaux adaptés, participation à des activités sportives ou culturelles, orientation vers des groupes de soutien (ex : groupes de paroles de l’APEDA, cafés-signes). Un rôle souvent méconnu est celui de l’assistant(e) social(e) : il-elle accompagne dans les démarches, oriente vers les bonnes ressources locales, et garantit un appui moral dans la durée.

L’accès à l’information reste un point crucial. Trop de familles se trouvent encore confrontées à une multiplicité de professionnels, à des discours contradictoires, et à une sensation d’isolement. D’où l’importance de réseaux de parents, d’associations et de relais locaux qui permettent de partager des expériences et d’obtenir des conseils concrets.

Quelques chiffres pour situer la surdité en France et en Haute-Savoie

  • En France, près de 6 millions de personnes déclarent une perte auditive, dont plus de 500 000 enfants de moins de 18 ans (Surdi Info Service).
  • On estime que 70 % des enfants sourds naissent dans des familles entendantes, ce qui implique un besoin accru d’accompagnement spécifique et de médiation.
  • En Haute-Savoie, selon l’Assurance Maladie, en 2022, 800 enfants et adolescents présentaient une déficience auditive modérée à profonde bénéficiant d’une prise en charge spécifique ou d’un dossier MDPH.
  • Seuls 10 % des enfants concernés sont scolarisés dans un établissement spécialisé : la majorité évolue en milieu ordinaire, parfois avec peu de ressources adaptées.

Pour aller plus loin : ressources, relais utiles en Haute-Savoie et liens recommandés

Afin d’accompagner au mieux les personnes concernées, plusieurs points d’appui existent en Haute-Savoie et alentours :

  • CAMSP et SESSAD troubles auditifs (Annecy, Cluses) pour le suivi précoce et l’accompagnement global.
  • URAPEDA Rhône-Alpes : relais pour la formation, l’accompagnement parental et la défense des droits des personnes sourdes.
  • Plateforme MDPH 74 pour tout ce qui concerne les démarches de reconnaissance et d’allocations.
  • Groupes de parents (APEDA, 2LPEA, etc.) : soutien, témoignages, échanges et organisation d’événements.
  • Numéros Info-Surdité entre 9h et 17h en semaine (0 800 500 700, appel gratuit) pour toute question juridique, sociale ou technique sur la surdité.

Le parcours de l’annonce de la surdité ne s’arrête pas à la première consultation ni au dossier administratif. C’est un chemin qui évolue, qui s’adapte à la personnalité et aux souhaits de chacun, et où chaque avancée est le fruit de rencontres, d’entraide et de choix réfléchis. L’échange avec les pairs, la découverte de la culture sourde, la possibilité de participer pleinement à la vie locale et scolaire jouent un rôle déterminant pour (re)trouver confiance, autonomie et plaisir dans la relation à l’autre.

Pour entamer ce parcours avec plus de sérénité, il ne faut pas hésiter à solliciter les interlocuteurs locaux, à rejoindre des réseaux de familles et à explorer de nouveaux outils : chacun avance à son rythme, mais personne n’a à cheminer seul face à la surdité.

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