Qui consulter pour un diagnostic de surdité ? Parcours de soins et conseils pratiques

19 octobre 2025

Comprendre la surdité : pourquoi une démarche pluridisciplinaire est essentielle

La surdité touche près de 6 millions de personnes en France (source : Santé publique France). Elle peut survenir à tout âge, de façon brutale ou progressive. Qu’il s’agisse d’un bébé qui ne réagit pas aux sons, d’un enfant qui tarde à parler ou d’un adulte qui a du mal à comprendre les conversations, l’identification rapide et précise du trouble auditif est un enjeu majeur.

Le diagnostic de surdité ne repose jamais sur un seul examen ou un seul professionnel. Parce que l’audition mobilise à la fois l’oreille externe, moyenne, interne, le nerf auditif et parfois les fonctions cérébrales, plusieurs spécialistes interviennent à différentes étapes. Leur travail complémentaire vise à cerner l’origine et la nature de la surdité pour proposer, ensuite, les solutions adaptées : prise en charge médicale, appareillage, accompagnement éducatif, etc.

Les premiers signes qui doivent alerter

Avant de détailler le rôle de chaque professionnel, il est utile d’identifier les signes d’alerte qui justifient une consultation. Selon l’association JNA (Journée Nationale de l’Audition), 1 à 2 enfants sur 1000 naissent avec une surdité profonde, et 5 à 6 % d’entre eux présenteront une surdité moyenne à sévère dans l’enfance. Chez l’adulte, après 65 ans, une personne sur trois est concernée par une perte auditive (Institut Pasteur).

  • Chez le nourrisson : absence de sursaut aux bruits forts, absence de babillage, réactions limitées à la voix.
  • Chez l’enfant : difficulté à articuler, retard de langage, tendance à monter le volume des écrans, difficultés scolaires.
  • Chez l’adulte : impression que les personnes “mangent” leurs mots, besoin de faire répéter, fatigue lors des conversations, isolement social.

Dès l’apparition de ces signes, consulter sans attendre permet d’éviter des retards de prise en charge.

Les spécialistes incontournables du diagnostic de la surdité

Le médecin traitant ou pédiatre : le premier relais

Que ce soit pour un enfant ou un adulte, le parcours commence souvent avec le médecin généraliste ou le pédiatre. Son rôle est d'évaluer les symptômes, de poser les premières questions et de rechercher les causes simples (bouchon de cérumen, otite). Si une baisse d’audition est suspectée, il propose rapidement une orientation vers un spécialiste.

En Haute-Savoie, certains cabinets médicaux et PMI disposent de matériel de dépistage, particulièrement pour les jeunes enfants (tests d’otoémissions acoustiques).

L’ORL (oto-rhino-laryngologiste), le pilier du diagnostic médical

L’ORL est LE spécialiste du diagnostic de la surdité. Il intervient pour :

  • Réaliser un examen clinique complet de l’oreille : recherche d’anomalies, infections, malformations.
  • Prescrire et interpréter les tests d’audition : audiométrie tonale et vocale, impédancemétrie, potentiels évoqués auditifs.
  • Identifier la cause de la surdité : de transmission, de perception, mixte, soudaine ou évolutive.

Dans certains cas, il oriente vers des examens complémentaires (scanner, IRM, bilan génétique). Le suivi ORL est indispensable tout au long du parcours, notamment pour la prescription éventuelle d'appareillage ou de soins médicaux.

Selon l’Assurance Maladie, environ 7 300 cabinets ORL existent en France métropolitaine (chiffre 2022), dont plusieurs sont répartis sur Annecy, Thonon, Annemasse, Sallanches ou Cluses.

L’audioprothésiste : expert en solutions d’aide auditive

Lorsque l’indication d’un appareillage est posée par l’ORL, l’audioprothésiste prend le relais. Il évalue très finement le type et le degré de surdité, conseille sur le choix d’un appareil, en assure l’adaptation et le réglage.

L’audioprothésiste n’effectue pas le diagnostic médical, mais son expertise technique et son accompagnement dans la durée (réglages, réparations, suivi) sont essentiels.

  • Plus de 4 000 centres d’audioprothèse en France (source : Union nationale des syndicats d’audioprothésistes, 2023).
  • Un réseau dense en Haute-Savoie, avec des permanences dans les principales villes et souvent des consultations avancées dans des maisons de santé rurales.

L’orthophoniste : bilan des capacités de communication

L’orthophoniste réalise un bilan complet du langage oral et écrit, de la communication et de la compréhension, indispensable notamment pour les enfants. Il participe souvent à la détection des troubles auditifs quand les difficultés de langage persistent malgré un environnement stimulant.

Ce professionnel intervient également après le diagnostic, dans la rééducation auditive et le soutien aux familles.

Les centres spécialisés : une équipe pluridisciplinaire

Pour les surdités complexes ou précoces (chez le jeune enfant, suspicion de surdité profonde, troubles associés), l’orientation vers une structure spécialisée s’avère nécessaire. On y trouve :

  • médecins ORL hospitaliers
  • audioprothésistes
  • orthophonistes
  • psychologues
  • ingénieurs du son
  • médiateurs en langue des signes

Les CAMSP (Centres d’Action Médico-Sociale Précoce), CMPP (Centres Médico-Psycho-Pédagogiques), centres ressources (comme les CRESAM, CRA…) offrent des bilans approfondis et un accompagnement global.

En Haute-Savoie, le CAMSP d’Annecy, le Centre Entendre à Annemasse ou des services hospitaliers à Grenoble et Lyon sont fréquemment sollicités.

Le parcours de soin type pour un diagnostic de surdité

Le schéma du parcours n’est pas strictement figé, mais suit souvent cette progression, chez l’enfant comme chez l’adulte :

  1. Interrogation ou dépistage chez le médecin/pédiatre
  2. Consultation et examens ORL (idéalement sous 15 jours en cas de suspicion forte, selon les recommandations de la HAS – Haute Autorité de Santé)
  3. Tests complémentaires (ex. : potentiels évoqués auditifs, imagerie, bilan génétique selon l’âge et les antécédents familiaux)
  4. Bilan orthophonique, parfois psychologique
  5. Proposition de prise en charge : appareillage, implantation cochléaire, suivi éducatif

Il est recommandé de demander rapidement un rendez-vous ORL ou en centre spécialisé dès que la suspicion est forte, car certains délais de consultation peuvent atteindre plusieurs semaines. Attention, le diagnostic de surdité chez l’enfant doit être fait le plus tôt possible, idéalement avant 6 mois pour les surdités profondes (source : HAS, 2021).

Bilan génétique et exploration complémentaire : quand et pourquoi ?

Selon Orphanet, 50 à 60 % des surdités de naissance ont une cause génétique. Un bilan génétique peut donc être prescrit, surtout chez l’enfant, après avis ORL ou en centre spécialisé. Il vise à :

  • identifier le mode de transmission (utile pour informer les familles, envisager de futurs enfants)
  • anticiper d’éventuels troubles associés
  • adapter le suivi médical

L’exploration peut aussi faire appel à des imageries (IRM, scanner) pour détecter des malformations de l’oreille interne ou du nerf auditif.

Spécificités du parcours en Haute-Savoie

Dans les territoires de montagne, l’accès à certains spécialistes peut être moins immédiat, mais le département dispose de plusieurs réseaux pour orienter efficacement les familles :

  • Le réseau RéPPOP 74 (réseau prévention et prise en charge de l’obésité pédiatrique) inclut aussi des relais pour la prise en charge pluridisciplinaire des enfants en difficulté.
  • Des audioprothésistes assurent des consultations avancées en milieu rural.
  • La Croix-Rouge Française et la Mutualité Française proposent de temps en temps des campagnes de dépistage.

Les services hospitaliers référents restent plus souvent situés à Annecy-Genevois, Annemasse, ou à proximité de Genève, Grenoble ou Lyon pour des examens spécialisés complexes.

Quelques conseils pratiques pour les familles et personnes concernées

  • Gardez les comptes rendus médicaux et audiogrammes, utiles à partager entre les professionnels.
  • N’hésitez pas à demander un bilan orthophonique même sans prescription formelle en cas de doute sur le langage.
  • Pensez à vous rapprocher d’associations locales : elles connaissent bien les circuits, les disponibilités des praticiens et les délais.
  • Certains réseaux (réseau Sourds et Malentendants 74) proposent des temps d’information gratuits pour expliquer le parcours, les droits et l’accompagnement parental.
  • En cas d’urgence (perte soudaine de l’audition ! oreille bouchée sans douleur ! acouphène brutal), consulter le service ORL des hôpitaux d’Annecy ou d’Annemasse sans tarder.

Pistes pour aller plus loin et s’informer sur la surdité et le diagnostic

Un parcours parfois long mais décisif pour l’avenir

Le diagnostic de la surdité fait intervenir plusieurs professionnels, chacun apportant son expertise spécifique. Ce travail d’équipe est la condition d’une prise en charge adaptée, rapide et bienveillante. En Haute-Savoie, l’entraide entre acteurs de terrain et familles joue aussi un rôle précieux pour surmonter les obstacles pratiques.

Rester attentif aux signes, consulter sans attendre, s’entourer de professionnels compétents et s’informer auprès de structures ressources contribue à poser les bases solides d’un parcours audacieux et porteur pour l’enfant, l’adulte ou le senior concerné.

Sources : Santé publique France, Haute Autorité de Santé, Association JNA, Orphanet, Assurance Maladie, INSEE, Union nationale des syndicats d’audioprothésistes, Institut Pasteur, réseaux Haute-Savoie.

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