Comprendre la surdité de transmission : quand l’oreille n’est plus un pont sonore

8 août 2025

Définir la surdité de transmission : un problème de “passage” sonore

Dans l’oreille, le son voyage depuis l’extérieur (pavillon, conduit auditif externe) jusqu’à l’oreille interne (cochlée). Entre les deux, il rencontre l’oreille moyenne : tympan et osselets assurent la transmission vers la partie sensorielle. Une surdité de transmission survient quand un obstacle ou une défaillance affecte cette chaîne de conduction : les vibrations ne parviennent pas, ou peu, à la cochlée, alors même que cette dernière fonctionne souvent parfaitement.

  • On parle d’hypoacousie de transmission pour qualifier une perte d’audition liée à ce mécanisme.
  • Environ 1 personne sur 10 concernée par une perte auditive présente au moins partiellement une surdité de transmission (source : Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale, INSERM).

Les causes diverses de la surdité de transmission : du bouchon au traumatisme

Les origines sont nombreuses et parfois très simples à traiter. Certaines peuvent toucher tous les âges, d’autres sont plus spécifiques à l’enfance ou à des situations particulières.

  • Bouchon de cérumen : c’est la cause la plus courante et la plus facile à résoudre. Un bouchon compact peut réduire le niveau sonore transmis, parfois de façon très importante (jusqu’à 40 dB).
  • Otites (séreuses ou aiguës) : une infection ou une inflammation de l’oreille moyenne, fréquente chez l’enfant, entraîne un épanchement qui freine la conduction du son. Selon l’Assurance Maladie, jusqu’à 80 % des enfants ont au moins une otite moyenne avant 3 ans.
  • Perforation du tympan : le tympan endommagé — accident, infection — laisse passer partiellement le son ou ne peut plus vibrer correctement. L’importance de la perte dépend de la taille de la perforation.
  • Otosclérose : maladie de l’adulte, elle fige l’étrier, l’un des petits osselets qui transmettent les vibrations. Elle touche environ 1 personne sur 200 en France, avec une nette prédominance féminine (source : Société Française d’ORL).
  • Anomalies congénitales ou malformations : parfois, le canal auditif, le tympan ou les osselets n’ont pas terminé leur développement chez le fœtus. Ces formes, souvent repérées directement à la naissance ou lors de bilans précoces, peuvent s’associer à d’autres syndromes.
  • Corps étranger : typique chez les petits enfants, il suffit parfois d’un petit objet introduit dans l’oreille pour bloquer l’audition, partiellement ou complètement.
  • Tumeurs bénignes (ex : cholestéatome) : rare mais important à signaler, un cholestéatome, masse située derrière le tympan, peut empêcher les osselets de vibrer. Elle doit être traitée rapidement pour éviter des complications plus graves.
  • Traumatismes : fracture du rocher (os du crâne), secousses violentes ou barotraumatismes (ex : plongée, aviation). Cela reste rare chez l’enfant, mais pas exceptionnel chez l’adulte sportif ou dans certains accidents.

Manifestations et diagnostic : comment reconnaître une surdité de transmission ?

Contrairement à d’autres types de surdité, le signe typique est une baisse brutale ou progressive de l’audition, souvent unilatérale, parfois fluctuante, mais avec une voix qui résonne “dans la tête”. Voici quelques signes qui doivent alerter :

  • L’impression d’avoir l’oreille “bouchée”, comme après une plongée ou un rhume
  • Le besoin d’augmenter le volume de la télévision, surtout pour les voix graves
  • L’impression que les sons sont étouffés, moins clairs
  • Des douleurs ou des écoulements (en cas d’otite ou de blessure du tympan)
  • Chez le jeune enfant : des troubles du langage ou de l’attention, des réactions inattentives à l’appel ou au bruit

Les professionnels de santé utilisent plusieurs outils pour établir le diagnostic :

  • Otoscopie (examen visuel du conduit auditif et du tympan avec une petite lampe)
  • Test de Rinne et de Weber : au diapason, pour comparer la conduction osseuse (le son passant par les os du crâne) à la conduction aérienne
  • Audiogramme tonal : mesure précise de l’audition par fréquence, distinction nette entre surdité de transmission et de perception
  • Imagerie (scanner ou IRM si anomalies ou suspicion de malformation)

Conséquences au quotidien : impacts variables selon l’âge et les situations

La surdité de transmission, en général, ne provoque jamais de surdité totale. Elle altère l’intensité du son, pas sa “qualité” : le son est plus faible, mais pas déformé (ce qui distingue cette forme des surdités de perception). Néanmoins, ses répercussions sont bien réelles.

Enfants : vigilance sur le développement du langage

  • Des otites répétées ou une surdité de transmission persistante chez le jeune enfant peuvent impacter l’apprentissage du langage et la socialisation.
  • Un dépistage et une prise en charge précoces permettent le plus souvent de limiter les retards, parfois avec un accompagnement en orthophonie.
  • Dans 9 cas sur 10, la surdité de transmission chez l’enfant se résout sans séquelle importante, avec un traitement adapté (source : Haute Autorité de Santé).

Adultes et seniors : gène sociale et professionnelle

  • La réduction des sons peut entraîner un isolement, un désintérêt pour la vie sociale, ou même un risque accru d’accidents domestiques (alarme non entendue, par exemple).
  • L’impact en milieu professionnel peut être non négligeable : communications téléphoniques, réunions, etc.
  • Chez la personne âgée, les surdités de transmission non traitées s’ajoutent parfois à une presbyacousie (usure de l’audition avec l’âge) : il s’agit alors d’une “surdité mixte”.

Traitements : une prise en charge souvent efficace

L’un des éléments importants dans la surdité de transmission, c’est la possibilité assez fréquente de retrouver une audition quasi normale, parfois avec des gestes simples. Le traitement dépend de la cause. Les principales stratégies sont :

  • Extraction des bouchons de cérumen ou des corps étrangers (en consultation médicale, jamais à domicile pour éviter les blessures)
  • Médicaments : antibiotiques (en cas d’infection), corticoïdes (pour réduire une inflammation), décongestionnants nasaux (pour l’otite séreuse associée à un rhume par exemple)
  • Paracentèse ou pose d’aérateurs transtympaniques (“yoyo”) : surtout chez l’enfant souffrant d’otites à répétition ou d’otite séreuse chronique
  • Chirurgie : réparation d’une perforation du tympan (myringoplastie), ablation d’un cholestéatome, intervention sur les osselets en cas d’otosclérose (stapédectomie)
  • Prothèses auditives : parfois, lorsqu’une réparation chirurgicale n’est pas possible ou si la perte persiste, il existe des appareils adaptés aux surdités de transmission, voire des implants à ancrage osseux

Des avancées ont été notées dans la greffe osseuse partielle des osselets, avec de très bons résultats post-opératoires (source : Société Française d’ORL).

Petites histoires et chiffres : la surdité de transmission au quotidien

  • En France, selon Santé publique France, 1 adulte sur 1000 développe une otosclérose chaque année. Cela représente environ 30 000 nouveaux cas chaque année.
  • Paradoxalement, les enfants victimes d’une otite séreuse “silencieuse” (sans douleur) sont parfois diagnostiqués tardivement, voire lors du dépistage scolaire. D’où l’importance du repérage précoce.
  • L’intensité maximale d’une perte auditive de transmission simple est en général inférieure à 60 dB, soit l’équivalent d’une conversation à voix basse (source : Fédération Française des Sourds).
  • Un bouchon de cérumen mal traité peut entraîner une surdité de transmission durant plusieurs semaines, mais une extraction bien réalisée redonne une audition normale en quelques minutes.
  • De nombreux chanteurs et musiciens professionnels redoutent l’otite ou la perte subite dite “de transmission”, car elle prive de la finesse des harmoniques nécessaires à leur pratique.

À Annecy, il n’est pas rare de voir des petits montagnards revenir des sports d’hiver avec une oreille bouchée à cause d’un simple rhume : la différence d’altitude favorise les otites séreuses.

Quelques repères pratiques pour la Haute-Savoie

  • Le dépistage des troubles de l’audition est systématique à la naissance dans le département (programme Otoacousitc Emission) : un atout précieux pour éviter les retards de diagnostic.
  • Le Centre d’Audition et d’Implantation Cochléaire du CH Annecy Genevois propose des bilans spécialisés et un accompagnement pluridisciplinaire.
  • En cas d’enfant porteur de surdité de transmission durable, la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH 74) peut étudier une aide pour adaptation pédagogique (soutien scolaire, matériel, PAI, etc.).
  • L’association Les P’tites Oreilles Alpines organise des ateliers d’information et de soutien aux familles sur le territoire (www.ptitesoreillesalpines.org).
  • Pour les adultes, plusieurs audioprothésistes proposent des solutions adaptées, y compris à l’intégration professionnelle via Cap Emploi 74.

Regarder la surdité de transmission autrement

Contrairement à certaines idées reçues, une surdité de transmission ne signe ni une perte définitive, ni une incapacité à vivre pleinement. Les progrès de la médecine ORL, la qualité du dépistage précoce, ainsi que les aides matérielles et pédagogiques en Haute-Savoie permettent à chaque personne concernée de trouver une solution sur-mesure. Face à une baisse de l’audition, même passagère, il ne faut jamais hésiter à consulter un professionnel spécialisé. Agir tôt, c’est souvent la clé d’une récupération totale et du maintien d’une vie sociale riche. L’enjeu : mieux écouter, mieux vivre, ensemble.

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