Mieux comprendre la surdité mixte : causes, diagnostic et accompagnement

13 août 2025

Au carrefour de deux mondes : la surdité mixte en quelques mots

La surdité est souvent résumée comme une simple difficulté à entendre, mais il existe différents types de surdité, aux causes et conséquences bien diverses. Parmi elles, la surdité mixte occupe une place particulière. Elle associe des problèmes touchant à la fois l’oreille externe/moyenne (surdité de transmission) et l’oreille interne (surdité de perception). Concrètement, cela signifie qu’un double mécanisme empêche la transmission normale des sons jusqu’au cerveau.

Distinction entre surdité de transmission, de perception et mixte

Pour bien cerner la spécificité de la surdité mixte, il est essentiel de différencier les trois grandes familles de troubles auditifs :

  • Surdité de transmission : Le problème se situe au niveau de l’oreille externe (pavillon, conduit auditif) ou moyenne (tympan, osselets), empêchant les sons d’atteindre correctement la cochlée.
  • Surdité de perception (ou neurosensorielle) : La lésion est localisée dans l’oreille interne (cochlée, cellules ciliées) ou sur le trajet du nerf auditif. Même si le son parvient à l’oreille interne, il n’est plus “interprété” fidèlement par le cerveau.
  • Surdité mixte : Elle combine les deux : une partie du déficit auditif est d’origine conductive (transmission) et l’autre neurosensorielle (perception).

Ce double impact rend la prise en charge plus complexe qu’une surdité simple, mais pas insurmontable.

Quels sont les signes et symptômes à surveiller ?

La surdité mixte peut passer inaperçue dans ses formes légères, mais elle se manifeste le plus souvent par une gêne importante lors d’échanges verbaux, surtout en environnement bruyant. Dans la vie quotidienne, les signaux d’alerte ressemblent à ceux d’autres formes de surdité, mais sont parfois plus marqués :

  • Difficulté à comprendre la parole, notamment dans les discussions de groupe ;
  • Tendance à augmenter le volume de la télévision ou de la radio ;
  • Sensation d’oreille “pleine” ou d’écho, parfois avec des acouphènes ;
  • Fatigue lors d’efforts prolongés pour comprendre ceux qui parlent ;
  • Parfois, douleurs ou infections récurrentes de l’oreille externe ou moyenne ;
  • Remarques de l’entourage sur des réponses inadaptées ou des oublis.

Chez l’enfant, la surdité mixte peut parfois impacter l’acquisition du langage, la scolarité ou les interactions sociales (Source : Fédération Française des Associations d’Implantés Cochléaires).

Quelles sont les principales causes de la surdité mixte ?

Les origines de la surdité mixte sont variées, mêlant souvent plusieurs facteurs. Voici les principaux :

  • Otites répétées : Les infections chroniques de l’oreille moyenne entraînent des lésions des structures conductrices, auxquelles peuvent s’ajouter avec le temps des atteintes de l’oreille interne.
  • Malformations congénitales : Certaines anomalies anatomiques de l’oreille externe ou moyenne sont associées à une atteinte de la cochlée dès la naissance.
  • Traumatismes : Un choc violent ou une blessure de l’oreille (perforation du tympan, fracture de l’os temporal) peut endommager plusieurs parties de l’oreille simultanément.
  • Cholestéatome : Il s’agit d’une affection sérieuse où l’accumulation de cellules dans l’oreille moyenne détruit les osselets et, par extension, atteint parfois l’appareil neurosensoriel.
  • Vieillissement : Certaines personnes âgées cumulent presbyacousie (dégénérescence naturelle de l’oreille interne) et problèmes de tympan liés à des otites non traitées ou des calcifications (otosclérose).
  • Conséquences de traitements médicaux : Certains médicaments ototoxiques (amino-glycosides, chimiothérapies) peuvent abîmer à la fois les compartiments conducteurs et perceptifs de l’oreille.

On estime qu’en France, environ 10 à 15 % des pertes auditives diagnostiquées seraient de type mixte (Source : Haute Autorité de Santé, HAS).

Comment se pose le diagnostic ?

Seul un bilan orl (oto-rhino-laryngologique) précis, complété d’une audiométrie tonale et vocale, peut distinguer une surdité mixte des autres formes. L’audiogramme est l’outil essentiel pour évaluer les seuils d’audition par voie aérienne (transmission du son par le conduit auditif) et par voie osseuse (transmission par vibration de l’os).

  • Si la perte auditive apparaît à la fois sur la voie aérienne et la voie osseuse, mais avec un écart entre les deux (“écart conductionnel” supérieur à 10 dB), le diagnostic de surdité mixte est probable (Source : SFORL).
  • Des examens complémentaires : imagerie (scanner, IRM), tympanométrie ou potentiels évoqués auditifs peuvent être proposés pour affiner le diagnostic ou préparer une intervention.

Chez l’enfant, un dépistage précoce est crucial. En France, le repérage néonatal systématique a permis de diviser par deux le délai de prise en charge des troubles auditifs depuis 2021 (Source : Ministère de la Santé).

Quelle prise en charge pour les personnes atteintes ?

Le traitement d’une surdité mixte est souvent pluridisciplinaire. Les solutions à envisager peuvent varier en fonction de la sévérité de la perte auditive, de l’origine des lésions, de l’âge du patient et des souhaits des familles. Voici les axes principaux :

  • Traitement médical ou chirurgical : Certaines causes de transmission (par exemple, une otite chronique avec perforation du tympan ou une otospongiose) peuvent bénéficier d’une opération (myringoplastie, ossiculoplastie, stapédectomie). Dans certains cas, une partie de l’audition peut être récupérée.
  • Appareillage auditif : Dans la plupart des cas, une aide auditive adaptée, sur mesure, pourra améliorer la perception des sons. Il existe des appareils spécifiques pour la surdité mixte, parfois couplés à des systèmes à conduction osseuse : casques à vibrations, implants à ancrage osseux (BAHA), etc.
  • Implant cochléaire : Pour la surdité mixte sévère à profonde, cette solution peut être envisagée si la partie perceptive de la perte ne permet plus une amplification classique. L’implant cochléaire contourne l’oreille interne en stimulant directement le nerf auditif.
  • Rééducation orthophonique et soutien psychologique, indispensables pour travailler la compréhension, l’expression orale et lutter contre l’isolement.

La prise en charge globale inclut souvent le recours à des dispositifs de compensation (FM, boucles magnétiques), à l’apprentissage de la lecture labiale, ou à la Langue des Signes si la compréhension orale reste insuffisante.

Quelles conséquences au quotidien et comment s’adapter ?

Vivre avec une surdité mixte demande, selon la sévérité du trouble, un certain nombre d’adaptations. Les familles doivent parfois jongler avec des rendez-vous médicaux, le suivi des appareils, la scolarisation, sans oublier l’impact sur la vie sociale et professionnelle.

  • Dans la vie scolaire : La surdité mixte peut impacter fortement la réussite des enfants à l’école. Des aménagements sont possibles (PAI, AVS, matériel d’amplification, classes ULIS). À Annecy et en Haute-Savoie, le SESSAD Surdité (Service d’éducation spéciale et de soins à domicile) intervient auprès des familles dès le diagnostic.
  • Au travail : Les solutions de compensation, l’accessibilité des réunions, et l’accompagnement par la MDPH permettent d’éviter le décrochage professionnel.
  • Dans la vie sociale : Les associations locales, comme Surdi 74, jouent un rôle clé pour rompre l’isolement, informer et proposer des activités adaptées.

Selon l’OMS, 430 millions de personnes dans le monde vivent avec une perte auditive invalidante. Si la majorité souffre d’une surdité de perception, la proportion de surdité mixte augmente avec l’avancée en âge et la chronicisation des troubles (Source : OMS).

Ressources utiles et espaces d’accompagnement en Haute-Savoie

Pour les familles concernées, il est important de savoir vers qui se tourner. Voici quelques structures locales et nationales pour obtenir du soutien ou des informations complémentaires :

  • Surdi 74 : association départementale pour l’entraide, l’information et l’accompagnement des personnes sourdes ou malentendantes en Haute-Savoie.
  • UNAPEDA : l’Union nationale des associations de parents d’enfants déficients auditifs.
  • SESSAD Surdité 74 : accompagnement médico-social à domicile ou en établissements, conseils sur la scolarisation, la communication et les aides techniques.
  • MDPH Haute-Savoie : démarches de reconnaissance, droits à la compensation, aides matérielles ou humaines.
  • Ministère de la Santé : guides et informations générales sur la surdité.

Les familles peuvent s’appuyer sur des réseaux mixtes (santé, éducation, vie associative) pour éviter l’isolement et accéder à des réponses personnalisées.

Un accompagnement ancré dans le territoire

Décrypter la surdité mixte permet de mieux comprendre pourquoi certaines personnes n’entendent pas mieux, malgré une opération ou un appareillage. Ce double enjeu, à la croisée de la transmission et de la perception, nécessite un suivi spécialisé, mais il existe des solutions concrètes pour améliorer la qualité de vie. En Haute-Savoie, des équipes dynamiques s’engagent chaque jour auprès des personnes concernées, pour un quotidien où chacun trouve sa place, quels que soient son âge, son parcours ou l’origine de sa surdité.

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