Comprendre la surdité de perception : tout ce qu’il faut savoir

3 août 2025

Qu’appelle-t-on surdité de perception ?

La surdité de perception est une perte auditive qui a pour origine les cellules de l’oreille interne (cochlée) ou les voies nerveuses qui transmettent les sons vers le cerveau. Elle se distingue de la surdité de transmission, qui concerne des anomalies de l’oreille externe ou moyenne (tympan, osselets). La surdité de perception peut toucher une seule oreille ou bien les deux, et peut être présente dès la naissance ou survenir plus tard dans la vie.

  • Localisation : oreille interne (cochlée) et/ou nerf auditif
  • Non liée à un obstacle physique : le tympan et les osselets fonctionnent normalement
  • Concernant le traitement du signal sonore : c’est le décodage du son qui est affecté

Un aperçu en chiffres

La surdité de perception représente la grande majorité des déficits auditifs. Selon l’INSERM (Inserm, rapport Audition, 2019), plus de 80% des surdités sont neurosensorielles. En France :

  • Environ 10 000 enfants naissent chaque année avec un trouble sévère ou profond de l’audition (Haute Autorité de Santé, 2017)
  • Près de 500 000 personnes vivent avec une surdité profonde bilatérale
  • Au-delà de 65 ans, jusqu’à 65% des personnes présentent une forme de surdité de perception liée à l’âge (presbyacousie)

Les principales causes de la surdité de perception

Cette forme de surdité peut avoir plusieurs origines, qu’elles soient génétiques, liées à un accident, à une maladie ou simplement à l’âge. Les principales causes sont :

  1. Facteurs génétiques : Environ 60% des surdités de l’enfant sont d’origine génétique, dont la majorité concerne des problèmes de la cochlée (source : Orphanet).
  2. Infections pendant la grossesse ou la petite enfance : Rubéole congénitale, cytomégalovirus (CMV), méningite, oreillons… Ces infections peuvent altérer les cellules ciliées de l’oreille interne.
  3. Médicaments ototoxiques : Certains traitements (amino-glycosides, chimiothérapies) peuvent endommager l’oreille interne.
  4. Traumatismes acoustiques : Exposition à un bruit très fort de façon brutale (explosion, concert, accident) ou chronique (travail dans un environnement bruyant).
  5. Vieillissement naturel de l’oreille : La presbyacousie commence souvent dès 50-60 ans, affectant progressivement les sons aigus.

Il arrive aussi qu’aucune cause apparente ne soit identifiée, même après des examens approfondis.

Signes d’alerte et conséquences concrètes

La surdité de perception se manifeste par des difficultés qui diffèrent selon l’âge, l’environnement et le degré de perte. Quelques signes évocateurs :

  • L’enfant n’émet pas ou peu de sons, ne réagit pas à la voix de ses proches (dès les premiers mois)
  • Retard ou difficultés de langage (chez le jeune enfant)
  • Adulte qui fait souvent répéter les autres, augmente le volume de la télévision, privilégie la lecture labiale
  • Mauvaises performances scolaires ou retrait social sans cause évidente
  • Sensation de sons déformés ou « métalliques », acouphènes fréquents

Il est important de noter que la surdité de perception n’empêche pas d’entendre les sons forts. Mais la qualité sonore, la finesse des détails, la localisation des sons, la compréhension en milieu bruyant peuvent être très altérées.

Des études démontrent qu’une prise en charge précoce du déficit auditif chez l’enfant, avant 6 mois, multiplie les chances d’un développement du langage proche de la norme (source : J. Yoshinaga-Itano, Pediatrics, 2014).

Le diagnostic : examens et parcours

Le diagnostic de la surdité de perception repose sur plusieurs outils complémentaires :

  • Audiogramme tonal : Le test de l’audioprothésiste ou de l’ORL permet d’identifier le degré et le type de perte auditive. Une « pente » descendante sur les fréquences aiguës est très typique de la presbyacousie.
  • P.E.A. (Potentiels évoqués auditifs) : Test réalisé chez les nourrissons ou en cas de doute diagnostic, il évalue la réponse du cerveau aux sons.
  • Imagerie (IRM, scanner) : Utile pour rechercher une anomalie du nerf auditif ou de la cochlée.
  • Bilan génétique : En cas de suspicion d’une origine héréditaire

Le parcours de dépistage néonatal, mis en place dans la plupart des maternités françaises depuis 2012, permet de cibler rapidement les nourrissons présentant une suspicion de déficit auditif — une réelle avancée pour l’accès précoce aux soins.

Quel accompagnement pour mieux vivre la surdité de perception ?

Aides techniques et solutions auditives

La prise en charge varie en fonction du degré de surdité. Voici les options proposées :

  • Les appareils auditifs numériques : Pour les surdités légères à sévères, ils amplifient et traitent les sons.
  • L’implant cochléaire : Solution innovante pour les surdités sévères ou profondes, cet implant électronique contourne les zones défaillantes et stimule directement le nerf auditif. En France, plus de 6000 implants cochléaires sont posés chaque année (source : Inserm, 2021).
  • Accessoires d’aide à l’écoute : Boucles magnétiques, casques TV, applications mobiles...

Accompagnement humain et social

L’entrée dans le monde de la surdité bouleverse souvent le quotidien. Les solutions disponibles ne sont pas que techniques : le soutien humain fait toute la différence.

  • Soutien familial : Maintenir des échanges riches, exprimer sans jugement les craintes ou frustrations.
  • Aides éducatives et professionnelles : Equipe de suivi de scolarisation, AVS, missions locales d’accompagnement à l’emploi spécifique (voir le site travail-emploi.gouv.fr).
  • Accompagnement psychologique : Un suivi peut être précieux lors d’un diagnostic chez l’enfant ou à l’annonce pour l’adulte.
  • Associations locales : Mieux vaut ne pas rester isolé : des groupes existent en Haute-Savoie et partout en France, l’association Surdi 74 notamment, ou la UNAPEDA au niveau national.

Vivre avec une surdité de perception : découvrir l’aide au quotidien

Face à cette surdité, le quotidien peut s’adapter grâce à des stratégies pratiques, validées par les familles et les professionnels :

  • Se placer face à la personne, articuler sans exagérer, favoriser un environnement calme.
  • Utiliser des applications de transcription instantanée (ex : RogerVoice, Ava, etc.).
  • Se renseigner sur les droits : reconnaissance travailleur handicapé, prestation de compensation du handicap (PCH), cartes mobilité inclusion.
  • Informer l’entourage scolaire ou professionnel pour adapter les réunions, cours, examens, etc.

En France, des outils comme le langage parlé complété (LPC) ou la langue des signes française (LSF) sont progressivement proposés dès l’enfance pour faciliter l’accès à la communication. La Haute-Savoie, avec son réseau de CAMSP, ses orthophonistes spécialisés, ses classes ULIS et dispositifs inclusifs, offre de belles ressources sur le terrain.

Des avancées et des défis à relever

Grâce à l’évolution des techniques d’implantation cochléaire, à la miniaturisation des aides auditives et à la reconnaissance sociale du handicap, il est aujourd’hui possible de concilier vie professionnelle, scolarité et loisirs avec une surdité de perception. Pourtant, plusieurs défis demeurent :

  • Inégalités d’accès au diagnostic précoce selon les régions
  • Forte disparité des ressources sur le territoire rural ou alpin
  • Manque de formation des professionnels à la spécificité de ce handicap, tant chez les enseignants que dans le secteur santé

La sensibilisation du grand public, la lutte contre l’isolement des familles et un meilleur accès aux outils numériques sont donc essentiels pour créer une société toujours plus inclusive. Chaque parcours est unique : s’informer, se faire accompagner, et oser échanger avec d’autres familles ou professionnels sont des leviers précieux.

Pour aller plus loin ou trouver de l’aide en Haute-Savoie

  • Surdi Info Service : ligne d’écoute, site d’information officiel (www.surdi.info)
  • Maison départementale pour les personnes handicapées Haute-Savoie : MDPH 74 - guichet unique d’accès aux droits
  • Association Surdi 74 à Annecy
  • Union Nationale pour l’Insertion Sociale des Déficients Auditifs (UNISDA)
  • Coordination des orthophonistes spécialisés et consultations hospitalières à Annecy, Thonon, Cluses

En réseau et avec patience, de nombreux progrès sont possibles. La surdité de perception, loin d’être une fatalité, est une réalité que l’on traverse plus sereinement avec une information claire, un entourage soutenant, des solutions adaptées et la force du collectif local.

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