Aider un proche adulte à entendre l’annonce d’une surdité : Dialoguer, soutenir, accompagner

12 novembre 2025

Oser aborder la question de la surdité à l’âge adulte

Annoncer une surdité à un proche adulte est souvent un véritable défi émotionnel. Si parler du diagnostic d’un enfant semble aujourd’hui plus encadré, la question d’une perte auditive ou d’une surdité, qu’elle soit progressive ou soudaine, reste taboue chez l’adulte. Pourtant, en France, près de 7 millions de personnes sont concernées par des troubles auditifs, principalement après 50 ans (source : Assurance Maladie). Et il se passe en moyenne 7 ans entre les premiers signes et l’acceptation d’un appareillage ou d’une aide adaptée (source : JNA, Journée Nationale de l'Audition).

L’annonce d’une surdité, qu’elle soit liée à l’âge, à la maladie ou à un accident, déclenche souvent des émotions intenses : choc, peur de l’avenir, questions sur l’autonomie, voire perte de confiance en soi. Comment alors prendre soin du lien tout en restant dans l’écoute et la bienveillance ? Voici des pistes concrètes pour accompagner ce moment, en tenant compte des réalités vécues par chacun.

Pourquoi l’annonce de la surdité à l’âge adulte est un moment particulier ?

Sourd ou malentendant : ces mots touchent à l’identité, à l’image de soi et à la place de l’autre dans le groupe familial, social ou professionnel. A l’âge adulte, la surdité est souvent vécue comme une entrave brutale ou insidieuse : elle bouscule la communication, la sécurité, les liens affectifs. Contrairement à d’autres handicaps, elle reste invisible et bien trop souvent minimisée.

On estime que 1 adulte sur 5 est concerné par une perte auditive légère à sévère après 50 ans, mais seulement 15 à 20 % des personnes ayant besoin d’appareillage auditif franchissent effectivement le cap du premier appareillage (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé, INPES). La crainte de la stigmatisation, la peur du vieillissement et la volonté de « rester comme avant » expliquent en partie ce silence.

  • Image de soi : « Vais-je paraître moins compétent, moins à l’écoute ? »
  • Enjeux relationnels : « Les autres vont-ils changer de regard sur moi ? »
  • Incertitude : « Suis-je prêt à adapter mon quotidien, à demander de l’aide ? »

Ressentir, préparer, et choisir le bon moment pour annoncer une surdité

Décrypter les premiers signes : une étape souvent négligée

La majorité des adultes atteints de surdité n’en ont pas immédiatement conscience. Ils peuvent multiplier les demandes de répétition, monter le son, éviter les discussions de groupe, ou présenter des signes de fatigue ou d’irritabilité. Le proche, souvent celui qui partage le quotidien, perçoit avant la personne concernée les premiers symptômes.

Préparer l’annonce, c’est d’abord valider ses propres ressentis. Pourquoi souhaite-t-on en parler ? Par inquiétude pour la santé ou le bien-être ? Parce qu’il devient difficile de partager des moments de complicité ? L’annonce n’est jamais neutre, elle vient souvent avec son lot d’inquiétudes mutuelles.

Choisir un contexte propice

  • Privilégier un lieu calme, rassurant, propice à l’écoute et à la confidence
  • Éviter les moments de stress ou de fatigue intense
  • S’accorder du temps, pour que la discussion puisse se poursuivre si nécessaire

Certains témoignages montrent que l’annonce est parfois plus facile chez un professionnel (médecin traitant, audioprothésiste, assistant-e social-e) ou lors d’un rendez-vous de santé, qui sert « d’allié extérieur ». D’autres préfèrent une discussion intime, à deux, voire en présence d’un tiers neutre, selon l’histoire du lien.

Comment formuler l’annonce : conseils pour une communication respectueuse

Doser franchise et empathie

La qualité de l’annonce influence souvent l’acceptation et les démarches futures. Il ne s’agit pas d’« imposer » un problème, mais d’ouvrir la porte à un échange, sans jugement.

  • Utiliser le « je » : parler de ses ressentis, de ses difficultés à comprendre, du souci ressenti (« J’ai remarqué que tu montais souvent le son… Je m’inquiète un peu »)
  • Éviter l’accusation ou la moquerie : oublier le registre du reproche ou du déni, qui favorise la défense (« Tu n’écoutes jamais », « Tu fais exprès ? », « T’es sourd ou quoi ? »)
  • Proposer une écoute active : donner la place à l’expression du vécu (« Est-ce que tu ressens aussi cela ? », « Est-ce gênant pour toi ? »)

Respecter le rythme du proche

Chaque personne mettra un temps variable à accepter la réalité de sa surdité. Beaucoup traversent les étapes du deuil (choc, refus, colère, négociation, tristesse, acceptation – modèle de Kübler-Ross), parfois sur plusieurs années.

  • Ne pas forcer une décision ou un appareillage immédiat
  • Se rendre disponible pour reparler du sujet, même plusieurs fois
  • Laisser la porte ouverte à la discussion future, sans pression

Que dire concrètement ? Quelques formulations pour faciliter l’échange

Trouver les mots justes peut sembler difficile. Voici quelques exemples de phrases "clés", plébiscitées par les professionnels de l’audition et les associations de personnes sourdes ou malentendantes (France Acouphènes, Bucodes SurdiFrance) :

  • « J’ai remarqué que, ces derniers temps, tu as parfois du mal à suivre les discussions, tu as remarqué aussi ? »
  • « Je me demande si cela ne vaudrait pas le coup d’en parler à ton médecin, qu’en penses-tu ? »
  • « Tu sais, beaucoup de gens vivent ce type de situation, il existe des solutions pour être plus à l’aise. »
  • « Est-ce que ça t’inquiète ? Veux-tu que je t’accompagne voir un professionnel ? »

À éviter absolument : Les remarques blessantes ou les plaisanteries, qui sont vécues comme du rejet et enferment la personne dans le déni ou la colère.

Les réactions possibles : accueillir la parole, apaiser l’angoisse

Comprendre les mécanismes de défense

Après une annonce, la majorité des proches adultes réagissent par la minimisation (« Ça va, j'entends encore bien »), la colère (« Arrête de me prendre la tête ! ») ou le retrait (« Je n’ai pas envie d’en parler »). Cela traduit une peur : celle de perdre ses repères ou son autonomie.

Selon une étude de l’INSERM, le taux de déni de la surdité chez les plus de 60 ans atteint 60% lors des premiers symptômes. Le rôle du proche est d’accepter ce mécanisme de protection temporaire plutôt que de le briser frontalement.

Soutenir sans infantiliser

  • Exprimer confiance et respect envers les capacités de décision de l’adulte
  • Proposer un accompagnement, mais ne pas prendre les décisions à la place de la personne concernée
  • Rappeler que l’autonomie peut être préservée, notamment avec une prise en charge adaptée

Dans certains cas, l’annonce d’une surdité vient révéler d’anciennes blessures (échecs scolaires, mise à l’écart professionnelle, perte d’un statut). Soutenir le dialogue, c’est accueillir cette histoire personnelle.

L’importance de l’entourage : ne pas rester seul face à la surdité

Mobiliser le réseau familial, amical, professionnel

La surdité n’est jamais une affaire purement individuelle : elle touche toutes les interactions de la vie quotidienne. Lorsque l’annonce a soulevé une prise de conscience, l’entourage joue un rôle de soutien décisif :

  • Aménagements simples : consentir à parler face à face, à éviter les discussions de groupe trop bruyantes, à privilégier les lieux calmes
  • Patience et humour : dédramatiser la situation, permettre les erreurs (répétitions, quiproquos) dans la bonne humeur
  • Appui concret : aider à prendre un rendez-vous chez l’ORL, chez l’audioprothésiste, ou à rechercher de l'information fiable

En Haute-Savoie, plusieurs associations locales proposent des espaces d’écoute et d’accompagnement : l’URAPEDA Rhône-Alpes, Surdi73-74, ou encore des groupes de parole en centre hospitalier. N’hésitez pas à vous en rapprocher.

Après l’annonce : soutenir l’autonomie, rassurer l’avenir

Rassurer sur le quotidien

L’évolution des technologies et des dispositifs d’aide facilite aujourd’hui une bonne qualité de vie, même avec une perte auditive importante : appareils auditifs miniaturisés, applications de transcription, boucle magnétique en espace public...

  • Le taux de satisfaction après appareillage atteint plus de 75 % chez les adultes accompagnés (Observatoire National de la Dépendance et de l'Autonomie, 2022).
  • L’accès à des aides financières (Sécurité Sociale, MDPH, complémentaires santé) permet de réduire le frein économique.
  • Des formations à la lecture labiale ou à la langue des signes existent pour tous les âges (cours proposés par la Fédération Nationale des Malentendants de France, FNSF).

Entreprendre des démarches, en douceur

  1. Consulter un médecin traitant, puis un ORL pour un bilan complet
  2. Tester différentes solutions d’appareillage ou d’adaptation (selon prescription médicale)
  3. Informer l’entourage professionnel pour demander, si nécessaire, des adaptations (aménagements de poste via la médecine du travail ou Cap Emploi)
  4. S’informer auprès de sa CPAM, des collectivités ou des associations spécialisées pour toutes les démarches de soutien

Il n'est jamais trop tard pour améliorer sa qualité d’écoute et de vie.

Favoriser l’estime de soi et la communication durable

La surdité reste un facteur de repli social ou d’isolement, surtout après un diagnostic mal accompagné. Selon la JNA, le risque d’isolement est multiplié par 2 chez les adultes non appareillés. D’où l’importance de cultiver le dialogue, la valorisation et l’engagement :

  • Participer à des ateliers, à des groupes de parole
  • Échanger avec d’autres personnes vivant la même expérience
  • Mettre en avant les points forts : capacités d’adaptation, développement de nouveaux modes de communication

Il existe maintenant en Haute-Savoie des cafés-rencontres, des ateliers d’expression (écrite, artistique, théâtrale) et des événements associatifs pour renforcer la confiance et rompre l’isolement. Renseignez-vous localement !

Aller plus loin : s’informer et rester accompagné

L’annonce d’une surdité à un proche adulte n’est pas un aboutissement, mais le point de départ d’un nouveau chemin à construire ensemble. L’essentiel est de ne pas rester seul. Les associations, professionnels de l’audition et lieux ressources en Haute-Savoie offrent un soutien précieux à chaque étape : ne pas hésiter à s’en saisir, pour soi ou pour son entourage.

Ressources utiles :

La surdité ne doit pas séparer : bien accompagnée, elle peut aussi renforcer les liens, l’empathie et donner à chacun l’occasion de s’ouvrir à de nouvelles façons de communiquer.

En savoir plus à ce sujet :