Ouvrir les yeux sur la surdité : bien plus qu’une affaire de senior

23 décembre 2025

La surdité, une réalité plurielle à tous les âges

En France, la surdité reste trop souvent associée au vieillissement. Beaucoup imaginent qu’elle touche presque exclusivement les personnes âgées, à l’image de nos grands-parents dont l’appareil auditif fait parfois sourire. Pourtant, derrière cette idée reçue, la réalité est bien plus complexe et concerne autant les familles, les enfants, les jeunes adultes que les seniors.

D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 20% des Français vivront avec une déficience auditive en 2050. Aujourd’hui déjà, la DREES estime à 10 millions le nombre de personnes concernées dans notre pays, soit près d’1 Français sur 6 (source : DREES, Les personnes handicapées en France, édition 2021).

La surdité n’a donc pas d’âge ; elle a des visages, des histoires, des parcours variés. Mieux comprendre qui elle touche, pourquoi et comment, permet d’agir plus tôt et de mieux accompagner chacun tout au long de la vie.

Les chiffres : casser les idées reçues sur l’âge

Si le vieillissement reste la principale cause de troubles de l’audition, il ne faut pas ignorer la diversité des profils concernés :

  • Près de 1 500 enfants naissent chaque année avec une surdité sévère en France (source : Inserm, 2023).
  • Environ 6 % des enfants scolarisés présentent, à un moment donné, des troubles de l’audition susceptibles d'impacter leur apprentissage (source : ANAES, 2002).
  • 1 jeune sur 10 entre 12 et 18 ans déclare souffrir de difficultés auditives (Baromètre JNA, Journée Nationale de l’Audition 2023).
  • Les troubles de l’audition chez les adultes avant 60 ans concernent entre 7% et 10% de la population (DREES, 2021).

Ainsi, le spectre de la surdité parcourt toute la vie, avec des répercussions diverses selon les âges et les contextes.

Quelles origines pour la surdité hors grand âge ?

Chez l’enfant : congénitale ou acquise

Chez les enfants, la surdité peut avoir plusieurs origines :

  • Héréditaire : Environ 60% des surdités congénitales sont d’origine génétique (Inserm).
  • Infections durant la grossesse : Rubéole, cytomégalovirus, toxoplasmose peuvent parfois provoquer une surdité.
  • Problèmes durant l’accouchement : Par manque d’oxygénation ou prématurité.
  • Aquisition dans l’enfance : Otites à répétition, méningites, certains traitements médicaux (comme certains antibiotiques ou la chimiothérapie) peuvent altérer l’audition.

Adolescents et jeunes adultes : des risques souvent invisibles

Avec l’évolution des habitudes de vie, on observe une progression inquiétante des troubles auditifs chez les jeunes. En cause :

  • L’écoute prolongée de musique à forte intensité sonore (casques, concerts, festivals).
  • L’exposition aux bruits forts sur les lieux de travail dès le premier emploi ou lors d’apprentissages en alternance.

Selon l’OMS, près de 50% des jeunes de 12 à 35 ans dans le monde sont exposés à des niveaux de sons dangereux pour l’oreille, principalement via les écouteurs ou dans les lieux de divertissement.

Adultes de moins de 60 ans : accidents, maladies, environnement

Loin d’être épargnés, les actifs peuvent, eux aussi, vivre avec une surdité. Les causes principales sont :

  1. Professionnelles : Le bruit sur les chantiers, dans les usines, ou dans certains milieux tertiaires, reste un danger majeur (INRS : Institut national de recherche et de sécurité).
  2. Maladies chroniques : Le diabète, l’hypertension, certaines pathologies auto-immunes, mais aussi certains médicaments peuvent entretenir un risque de perte auditive précoce.
  3. Traumatismes : Accidents de la route, coups directs sur la tête, explosions.

Une surdité différente selon les étapes de vie

Défis et accompagnement chez les enfants et les parents

Pour un enfant, la surdité impacte très tôt le développement du langage oral, les apprentissages scolaires mais aussi la vie sociale. Les familles doivent cheminer dans un parcours parfois long : dépistage, diagnostic, choix des modes de communication (LSF, LPC, langue orale), adaptation de la scolarité, aide matérielle... Un dépistage systématique a été rendu obligatoire en 2012 à la naissance, ce qui a fortement raccourci le délai de diagnostic (Ministère de la Santé).

L’accompagnement passe par :

  • L’intervention d’orthophonistes, d’audioprothésistes, d’enseignants spécialisés.
  • Le recours à des dispositifs d’aide financière (PCH, AEEH...), d’auxiliaires de vie scolaire ou d’assistants de communication.
  • Le soutien des associations locales (sur Annecy : Surdi 74, UNASS, AILES, entre autres).

Surdité à l’adolescence et à l’âge adulte : entre adaptation et inclusion

Chez le jeune adulte, entendre moins bien bouleverse l’accès au monde professionnel, à la vie sociale, amoureuse, à la parentalité. Ce passage peut s’accompagner d’incompréhension, de discriminations mais aussi de nouvelles solidarités.

Des solutions existent :

  • L’emploi accompagné, notamment auprès de Cap Emploi et des Missions Locales.
  • Des aides techniques (amplificateurs, applications de transcription, vibrations, flashs...)
  • Des aménagements pour les études supérieure : preneur de notes, transcription simultanée, adaptation de l’examen via les MDPH.
  • Des rassemblements de jeunes (JEduSurdité, réseaux de jeunes sourds ou malentendants).

Les seniors : les premiers concernés… et les moins bien repérés !

Avec l’âge, l’oreille interne vieillit naturellement : c’est la presbyacousie, qui affecte près de 65% des plus de 65 ans en France (source : JNA). Or, seul 1 senior sur 3 ayant une gêne auditive porte réellement un appareil. La surdité chez les personnes âgées reste parfois mal diagnostiquée et se confond avec d’autres troubles comme la mémoire ou la baisse de concentration.

La perte auditive étant progressive, beaucoup d’aînés tardent à consulter, ce qui aggrave l’isolement social, la dépression ou les risques de chute. D’où l’importance d’un repérage précoce et de campagnes d’information.

Accepter, prévenir et agir à tout âge

Mieux repérer les signes au quotidien

Contrairement à ce qu’on imagine, la perte d’audition ne se manifeste pas uniquement par une “surdité totale”. Les situations de la vie courante donnent de précieux indices :

  • Faire répéter les autres souvent
  • Monter le volume de la télé
  • Avoir des difficultés à suivre des conversations en groupe
  • Entendre mais ne pas comprendre certains mots
  • Fatigue face aux bruits

Chez un enfant, les signes peuvent passer inaperçus : inattentions en classe, troubles du langage, isolement, résultats scolaires en baisse...

Prévenir et protéger l’audition à tout âge

Adopter de bons gestes permet de réduire nettement les risques :

  • Limiter l’écoute à volume élevé (casques, concerts)
  • Faire des pauses d’écoute
  • Porter des protections auditives si exposition au bruit (travail, bricolage, musique)
  • Consulter en cas de sifflements, bourdonnements ou baisse brutale
  • Respecter le calendrier vaccinal (rougeole, oreillons, rubéole...)

Hauts-savoyards, concernés dès le plus jeune âge

En Haute-Savoie, structures et initiatives œuvrent à la détection et à l’accompagnement dès l’enfance. Les services ORL pédiatriques du CH Annecy-Genevois, les CAMSP, les services spécialisés des MDPH accompagnent chaque année des dizaines de familles, de l’annonce à l’autonomie. Des actions menées dans les écoles, collèges (prévention sound, ateliers sur la LSF), par exemple via l’association Surdi 74, participent à mieux faire connaître la réalité de la surdité à tout âge.

Le dynamisme local en matière de scolarisation inclusive, de formation aux métiers de l’audition et d’innovation technologique contribue à réduire les délais d’adaptation pour les plus jeunes. Ce panorama régional illustre l’enjeu d’agir collectivement, loin du cliché d’une “affaire de vieux”.

Pistes pour un regard renouvelé sur la surdité

La surdité, loin de n’être qu’un symptôme du vieillissement, traverse la vie. Chacun, parent, professionnel, voisin, peut rencontrer ou accompagner une personne touchée : à l’école, au travail, au sein de son cercle amical.

  • Favoriser le dépistage précoce à tous les âges
  • Sensibiliser sur les risques d’une exposition sonore excessive dès le plus jeune âge
  • Encourager le port d’aides auditives sans stigmatisation, peu importe le moment où la perte survient
  • Donner la parole à celles et ceux qui vivent la surdité, pour mieux faire évoluer les représentations collectives

En s’informant sur ses causes et ses parcours, la société peut faire de la surdité non pas un isolant, mais un trait d’union vers plus d’accessibilité, d’écoute, et de solidarité… à tous les âges de la vie.

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