Surdité unilatérale ou bilatérale : comprendre, reconnaître et adapter l’accompagnement

17 août 2025

Ce qui distingue la surdité unilatérale de la surdité bilatérale

La surdité unilatérale désigne une perte auditive significative sur une seule oreille, tandis que la surdité bilatérale concerne une déficience touchant les deux oreilles, à des degrés qui peuvent être équivalents ou inégaux. Ces deux situations, malgré un point commun – l’altération de la capacité d’entendre –, génèrent des difficultés, expériences et besoins différents, qui méritent d’être clarifiés.

Définitions médicales et seuils auditifs

  • Surdité unilatérale : perte auditive d’au moins 30 dB HL sur une oreille, l’autre restant dans la norme (moins de 20 dB HL selon l’OMS).
  • Surdité bilatérale : perte auditive de plus de 20 dB HL touchant les deux oreilles, avec parfois des degrés différents à droite et à gauche.

L’Organisation mondiale de la Santé [OMS - 2021] estime qu’environ 432 millions d’adultes dans le monde ont une perte auditive incapacitante, dont près de 1 à 2 % de la population seraient concernés par une surdité bilatérale profonde. En France, selon la Drees (2021), 6 % des enfants de moins de 15 ans auraient déjà passé un examen auditif, la prévalence de la surdité unilatérale à la naissance étant estimée à environ 1 sur 1000 dans les dernières grandes études nationales [source : Orl France].

Symptômes et signes pour distinguer les deux formes de surdité

Reconnaître une surdité et surtout en déterminer la latéralité n’est pas toujours évident. Les indices du quotidien sont pourtant très révélateurs.

Comment se manifeste une surdité unilatérale ?

  • Des difficultés à localiser l’origine d’un son (ex : tourner la tête à l’opposé du bruit, demander souvent de répéter).
  • Une gêne majeure dans les environnements bruyants ou lors de conversations de groupe.
  • L’impression d’entendre “dans une coquille” ou de ne jamais bien comprendre si quelqu’un parle du mauvais côté.
  • Chez l’enfant : tendance à placer systématiquement la même oreille en avant, résultats scolaires impactés par rapport à la compréhension orale.

Comment identifier une surdité bilatérale ?

  • Une difficulté généralisée à percevoir les sons, que l’on parle à droite ou à gauche.
  • Des réponses inadaptées à la parole, parfois un recours systématique au langage écrit ou aux gestes, selon le degré de surdité.
  • Des troubles du langage oral (retard, difficultés d’articulation), surtout détectables tôt chez l’enfant.
  • Isolement social, fatigue auditive importante.

L’audiogramme est l’examen de référence pour poser le diagnostic et évaluer précisément le type de surdité.

Impacts spécifiques sur la vie quotidienne

Même si les deux formes de surdité bouleversent la communication, leurs conséquences au quotidien sont très différentes.

Surdité unilatérale : des situations longtemps sous-estimées

On a longtemps pu croire que vivre avec une seule bonne oreille limitait peu la gêne. Or, la réalité est plus nuancée :

  • Orientation spatiale : L’oreille « saine » ne suffit pas à localiser avec précision la provenance d’un bruit, notamment dans la circulation ou dans la rue (risque accru pour les cyclistes ou piétons, selon l’assurance Prévention Routière).
  • Compréhension dans le bruit : Les environnements scolaires, les réunions professionnelles ou les repas animés sont beaucoup plus difficiles à vivre.
  • Fatigue accrue : L’effort de concentration pour capter et interpréter les sons augmente, générant parfois un épuisement en fin de journée.
  • Risques d’isolement social chez l’enfant : Phénomène méconnu mais reconnu par l’Éducation nationale (Circulaire de 2017).

Surdité bilatérale : des besoins d’accompagnement spécifiques

  • Communication : Recours fréquent à la lecture labiale, à la langue des signes ou à des aides visuelles, en complément de l’appareillage.
  • Développement du langage chez l’enfant : Nécessité d’un accompagnement orthophonique précoce et parfois d’une scolarisation spécialisée.
  • Relations sociales et autonomie dans les déplacements : Certaines annonces publiques, les sonnettes ou alarmes deviennent inaccessibles sans adaptations.
  • Inclusion professionnelle : Aménagements en entreprise, recours à des outils technologiques et adaptation du poste de travail (Loi de 2005 sur l’égalité des chances).

Les impacts psychologiques, comme la baisse d’estime de soi et l’anxiété, sont prouvés tant chez les jeunes que chez les adultes (Santé Publique France, 2023).

Comment l’entourage peut-il identifier une surdité unilatérale ou bilatérale chez un enfant ou un adulte ?

Certaines attitudes, souvent interprétées comme un manque d’attention ou une « mauvaise volonté », sont en réalité des signaux d’alerte possibles :

  • Un enfant qui semble toujours « absent » ou qui ne réagit que lorsqu’on parle d’un côté précis
  • Un adulte qui choisit toujours la même place à table ou en réunion
  • La lecture labiale quasi incontournable pour comprendre, même lors d’échanges simples

En cas de doute, il est indispensable de consulter un médecin ORL. Les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) soulignent l’importance d’un dépistage auditif précoce, même pour des signes minimes ou intermittents [HAS - 2020].

Diagnostic : les étapes incontournables pour déterminer la latéralité

  1. Entretien médical et recueil de l’histoire : symptômes, antécédents familiaux ou médicaux, évolution ressentie.
  2. Tests auditifs : audiométrie tonale et vocale, tympanométrie, potentiels évoqués auditifs dans certains cas.
  3. Imagerie (IRM ou scanner) : pour dépister une éventuelle cause anatomique, en cas de doute ou de surdité brusque unilatérale.
  4. Bilan orthophonique : chez l’enfant, il permet d’apprécier l’impact sur le langage.

La précision du diagnostic conditionne la stratégie d’accompagnement, les droits ouverts (MDPH, PCH, allocations), et le choix des aides techniques.

Quelles solutions concrètes pour chaque type de surdité ?

Les aides auditives et adaptations

Surdité unilatérale Surdité bilatérale
  • Audioprothèse adaptée (parfois sur une seule oreille si l’autre est « morte »)
  • Systèmes CROS/BICROS (transfert du son de l’oreille sourde vers l’oreille entendante)
  • Aménagement de la salle de classe, conseils de positionnement
  • Deux prothèses auditives bilatérales
  • Implants cochléaires en cas de surdité profonde (haute technicité, suivi spécialisé – CHU Grenoble, Lyon)
  • Utilisation accrue des aides visuelles et de la langue des signes

Adaptations quotidiennes

  • Informer l’entourage pour ajuster la position quand on parle, notamment à l’école ou lors de réunions.
  • Recourir à des outils technologiques : applications de transcription, systèmes de boucles magnétiques pour réunions collectives.
  • En Haute-Savoie : contacter les dispositifs PASS à Annecy ou Thonon ainsi que les associations locales (ADEPEDA 74, ALPC).

Pour les professionnels de l’éducation, il existe des formations sur les troubles du langage et de la communication (Canopé Annecy, ARPEJEH Rhône-Alpes).

Focus sur la Haute-Savoie : ressources locales et spécificités d’accompagnement

Le suivi des personnes sourdes ou malentendantes en Haute-Savoie s’appuie sur une offre variée, mais parfois méconnue.

  • Réseau surdité 74 : Plateformes d’accompagnement pour les parents, services d’accompagnement à la scolarité, groupes de parole.
  • MDPH Annecy : Parcours simplifié pour la reconnaissance de handicap auditif et des prestations adaptées (notamment pour la PCH enfants).
  • Lieux ressources : Centres spécialisés à Annecy et Annemasse, consultations d’ORL référents, interventions d’orthophonistes spécialisés sur toute la région.
  • Aide à l’appareillage : Fonds départementaux pour aides techniques sur justificatif, partenariat avec la CPAM et les mutuelles locales.

La proximité franco-suisse favorise également l’accès à certaines innovations partagées dans le Grand Genève.

Perspectives et enjeux pour un meilleur accompagnement

La compréhension de la latéralité d’une surdité n’est pas qu’une considération technique : elle conditionne le vécu, l’intégration, et parfois l’épanouissement scolaire et professionnel de la personne. Si la surdité bilatérale est souvent identifiée et prise en charge tôt, la surdité unilatérale, moins visible et pourtant tout aussi invalidante dans certains contextes, mérite une vigilance particulière de la part des familles comme des institutions.

Les progrès des dépistages néonataux (généralisés depuis 2012 en France), la disponibilité croissante des aides techniques, l’accent sur la formation des professionnels, mais aussi l’engagement des associations locales et nationales, ouvrent de nouveaux horizons pour les personnes concernées et leurs proches.

Que l’on soit touché de près ou de loin, mieux différencier une surdité unilatérale d’une surdité bilatérale, c’est s’armer collectivement pour proposer un environnement plus équitable et inclusif, en Haute-Savoie comme partout ailleurs.

Sources : Organisation mondiale de la Santé (2021) ; Santé publique France (2023) ; Drees (2021) ; HAS (2020) ; Orl France ; Circulaires Éducation nationale ; Assurance Prévention routière ; Réseau Surdité 74.

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