Comprendre la surdité légère et la surdité profonde : enjeux, réalités et solutions

21 août 2025

Repères pour mieux comprendre les degrés de surdité

La perte auditive est évaluée en décibels (dB), c’est-à-dire en fonction de l’intensité minimale qu’une personne doit percevoir pour entendre un son. Ce chiffre s’appuie sur l’audiogramme et permet de classer la surdité selon plusieurs niveaux :

  • Légère : perte entre 20 et 40 dB
  • Moyenne : perte entre 41 et 70 dB
  • Sévère : perte entre 71 et 90 dB
  • Profonde : perte supérieure à 90 dB

Ces valeurs correspondent à des seuils techniques, mais les implications dans la vie réelle varient fortement selon la précocité de la surdité, le contexte familial, les ressources accessibles et l’accompagnement reçu.

Surdité légère : comprendre le quotidien invisible

Une perte auditive discrète, mais source de difficultés

La surdité légère passe souvent inaperçue : beaucoup d’enfants et d’adultes compensent naturellement. Pourtant, elle peut entraîner :

  • Un besoin de faire répéter, surtout dans le bruit ;
  • Des troubles d’attention, une fatigue accrue ou un retrait social discret ;
  • Des difficultés d’apprentissage (notamment chez l’enfant).

Selon l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (Inserm), la surdité légère touche près de 6% des enfants en France ; chez l’adulte de plus de 65 ans, ce chiffre grimpe nettement à plus de 30% (source : Inserm).

Impacts scolaires et professionnels : une vigilance à cultiver

Chez l’enfant, la surdité légère peut passer inaperçue pendant des mois, voire des années. Selon l’Assurance Maladie, environ 30 % des enfants présentant un trouble auditif léger ne sont pas dépistés avant le CP. Cela peut entraîner des retards de langage, voire des difficultés dans l’apprentissage de la lecture.

Au travail, elle peut compliquer les interactions en réunions, surtout dans le bruit de fond ou en cas de communication à distance. Un rapport du Centre d’Information sur la Surdité met en avant que 1 actif sur 10 avec une perte légère ressent des gênes significatives lors des conversations téléphoniques, mais n’ose pas toujours en parler.

La surdité profonde : quand l’accès au monde sonore devient très limité

Un seuil de perception radicalement altéré

Une surdité est dite profonde lorsque la perte dépasse 90 dB. Elle représente environ 0,2 % de la population française, soit 120 000 personnes environ (source : Surdi Info Service). À ce stade, les sons faibles ou moyens ne sont pas perçus, y compris les voix, même amplifiées. Seuls de très forts bruits (explosions, klaxons à proximité) peuvent être ressentis, et souvent, il s'agit davantage de vibrations que de sons audibles.

Langue, communication et repères : de nouveaux équilibres

La surdité profonde, surtout quand elle est présente dès la naissance, nécessite un véritable "apprentissage" de la communication. Plusieurs voies existent :

  • La Langue des Signes Française (LSF)
  • Les implants cochléaires, proposés dans certains cas, avec un accompagnement long
  • La lecture labiale et le développement visuel

Pour les adultes, une surdité profonde acquise (après l’apprentissage du langage) impose souvent une phase d’adaptation intense, une réorganisation sociale et parfois professionnelle, avec un impact fort sur l’équilibre psychique (source : SOS Surdité).

Au-delà des chiffres : ce que cela change dans la vie quotidienne

Écouter n’est pas entendre

Contrairement à certaines idées reçues, une "légère" surdité ne veut pas dire "peu d’impact", surtout dans un environnement bruyant (école, travail collectif, réunions de famille…). Une surdité profonde ne se limite pas à "ne rien entendre" : elle touche tous les domaines : socialisation, accès à l’information, choix de scolarisation, ou encore accès aux loisirs.

Voici, concrètement, des exemples d’ajustements nécessaires :

  • Surdité légère :
    • Installer une aide auditive adaptée
    • Favoriser une bonne acoustique
    • Assurer aux enfants une place devant en classe, un enseignant attentif
    • Privilégier la communication face à face
  • Surdité profonde :
    • Choix d’une langue : LSF, français oral, bilinguisme LSF/français écrit
    • Appareillage (implant cochléaire) et suivi médical régulier
    • Accessibilité des bâtiments (flash lumineux pour alarmes, sous-titrage, etc.)
    • Services d’interprétariat en LSF ou outil de transcription (TTRP, sous-titres en temps réel)

Quels examens et parcours pour bien diagnostiquer ?

Pour chaque niveau de surdité, le repérage précoce est essentiel. Aujourd’hui, le dépistage néonatal systématique permet d’identifier la majorité des surdités de naissance, notamment profondes, avant 3 mois. Il reste des difficultés pour les surdités légères, souvent découvertes plus tard. Ce sont régulièrement les enseignants, ou le médecin traitant, qui déclenchent l’alerte sur des surdités légères, devant des signes comme la distraction, le retard de langage ou les difficultés à suivre les consignes collectives (source : Haute Autorité de Santé, HAS).

L’audiogramme, chez l’ORL, est indispensable au moment opportun, puis il s’accompagne, pour les surdités plus importantes, d’un bilan orthophonique, d’un accompagnement familial, et parfois d’une intervention en service spécialisé.

Accompagnement, aides et droits : des adaptations différenciées

Surdité légère

  • La Prestation de Compensation du Handicap (PCH) est généralement difficile à obtenir, sauf si la gêne est documentée (ex : association à d’autres troubles)
  • Un aménagement scolaire, souvent léger, mais essentiel : AVS, adaptation pédagogique, appui d’un service d’aide spécialisée si besoin
  • Prise en charge partielle des appareils auditifs par l’Assurance Maladie depuis 2021 ("100 % Santé", source : service-public.fr), reste des frais parfois non négligeables

Surdité profonde

  • Droit à la PCH en général reconnu (dossiers à argumenter : accès à la communication, interprètes, matériel spécialisé)
  • Accès prioritaire à certains outils : classes bilingues LSF/français, Unités d’Enseignement pour les élèves Sourds (UES), équipements adaptés à la maison et en collectivité
  • Possibilité d’obtenir un accompagnement d’interprète LSF ou codeur LPC
  • Accompagnement renforcé par les CAMSP, SSEFS, SAFEP ou établissements spécialisés selon l’âge

Quelques idées reçues à dépasser

  • La technologie n’efface pas tout : L’appareil auditif ou l’implant ne "rendent pas l’audition normale". Selon la perte, ils apportent une aide, mais n’effacent pas l’ensemble des difficultés, notamment dans le bruit ou en groupe.
  • Signes de surdité légère souvent banalisés : Un enfant rêveur, qui semble "ne pas écouter" ou a des difficultés d’attention, mérite d’être vu par un ORL, même si la perte auditive soupçonnée semble "minime".
  • Techniques de compensation différentes : Les personnes avec une surdité profonde ont souvent développé une communication alternative : lecture labiale, langue des signes, ou stratégies visuelles complexes.

Aide et accompagnement local en Haute-Savoie

Le département compte plusieurs structures d’accompagnement pour tous les niveaux de surdité, avec des relais pour adultes, enfants et familles. N’hésitez pas à solliciter :

  • Les SSEFIS/SSAFEP (SESSAD spécialisés)
  • L’association ADSS74 (Annecy)
  • L’équipe relai handicap auditif du CH Annecy-Genevois
  • Des groupes de parole pour parents organisés par la MDPH ou des associations locales

Certains établissements, écoles et crèches sont formés à l’inclusion des enfants sourds, y compris porteurs de surdité légère. Le projet d’accompagnement doit toujours être centré sur la personne : il n’existe pas de parcours "standard", chaque situation doit être entendue dans sa complexité.

Pour élargir la réflexion : toute surdité mérite considération

Au quotidien, l’essentiel n’est pas de classer mais de repérer, d’interroger et d’accompagner. Quelle que soit l’intensité de la perte auditive, un diagnostic précoce, une adaptation de l’environnement (familial, scolaire, professionnel), et un suivi sur le long terme sont indispensables à un parcours épanouissant.

Poursuivre le dialogue entre familles, professionnels et associations, valoriser toutes les formes de communication, et dépasser les préjugés permettent d’inventer une société où la surdité, quelle qu’elle soit, ne soit ni cachée, ni minimisée, mais véritablement prise en compte.

Ressources conseillées :

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